L'affaire NIKE face aux Indiens du Panama

Retour sur une affaire de mai 2019 dans laquelle les Indiens "Kunas", un groupe ethnique amérindien du Panama et du nord de la Colombie, ont accusé la firme internationale NIKE de vouloir commercialiser des baskets copiant illégalement leur art traditionnel textile. 

Défendant coûte que coûte un élément fort de leur identité culturelle à savoir le "Mola" un art de tissage très coloré des peuples amérindiens.  

En effet, le modèle de chaussures NIKE litigieux, à savoir l'Edition Limitée NIKE AIR FORCE ONE PORTO RICO 2019 devant être initialement commercialisée le 6 juin 2019 pour un peu plus de 85 euros la paire en France, comportait des broderies extrêmement colorées et très ressemblances sur le flan du modèle. 

Face aux accusations, la marque renoncera finalement à la commercialisation de cette Edition. 

A l'époque la porte parole du Groupe s'excusera en conférence de presse pour "l'inexactitude de l'origine de la conception" expliquant alors que la firme aurait en réalité souhaité faire un hommage à la Ville de PORTO RICO en représentant la grenouille "Coqui" emblématique de l’île et symbole de la Ville.

Le Chef Indien Kuna inflexible dans cette affaire a quant à lui dénoncé avec force ces "piratages" répétés de la part de multinationales de millions de dessins et savoir-faire traditionnels appartenant aux peuples autochtones.

Il est vrai que NIKE n'en était pas à son coup d’essai, puisqu'en 2013 déjà la firme avait dû renoncer face à l'ampleur de la mobilisation à la commercialisation de leggings pour femmes ornés de motifs reprenant le design des tatouages des Samoa, tatouages dans la tradition réservés aux hommes. 

Ces affaires illustrent bien la question des rapports complexes entre cultures traditionnelles et droits de propriété intellectuelle tels qu'on les envisage dans notre droit positif. 

En l'absence d'instrument de protection juridique sui generis, la question est souvent débattue au sein d'organismes comme l'OMPI (Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle). 

Si à ce jour, les peuples indigènes victimes d'utilisations abusives, de reproductions ou adaptations non autorisées, d'appropriations illicites ou toutes autres formes d'exploitations déloyales de leur savoir-faire, ne peuvent s'en remettre qu'aux protections accordées par les droits nationaux de propriété intellectuelle, l'adaptabilité de ces modes de protection à la problèmatique des savoir-faire ancestraux et traditionnels est toujours d'actualité.

Le modèle en cause :